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Kochanovsky, Chamayou and Orchestre de Paris - "Princiere baguette"

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Concertclassic.com by Alain Cochard
 
Stanislav Kochanovsky prend ses habitudes à l’Orchestre de Paris et l’on ne peut que se réjouir des liens que la phalange tisse avec l’une des plus admirables baguettes de sa génération (le chef pétersbourgeois est né en 1981).
La Philharmonie l’attendait pour un concert en grande partie choral, mais le contexte sanitaire a conduit à abandonner Taneiev et Prokofiev pour ne conserver que le Concerto de Scriabine, autour duquel le programme a été rebâti avec des pièces de Tchaïkovski ; des extraits de Snégourotchka (La Fille de neige) en première partie, quelques numéros de Casse-noisette en conclusion.
 
De 1873, la musique de scène pour la Snegourotchka d’Ostrovski résonne bien rarement dans les salles (d’aucuns se souviennent peut-être d’une exécution intégrale de l’ouvrage au Châtelet au début des années 1990 par V. Gergiev et les forces de ce que l’on appelait encore le Kirov). Aucune page chorale, forcément, dans le choix effectué par Kochanovsky parmi la vingtaine de numéros que compte la partition, mais la voix est toutefois présente dans sa sélection avec les trois « chansons de Lel » (dont la troisième, «Le nuage dit au tonnerre», est présentée dans ses deux versions), confiées à l’excellente Agunda Kulaeva, mezzo expressif et sensuel, à laquelle le chef offre un accompagnement plein de vie et de couleurs. On décèle pas mal prémices d’œuvres à venir dans l’Opus 12 : deux décennies avant Casse-noisette, l’Introduction par exemple laisse pressentir le Pas de deux (pièce qui figurera parmi les bis) du dernier ballet de Tchaïkovski. Et ce dernier, en grand amoureux et émancipateur des vents, régale les souffleurs ! Ceux de l’Orchestre de Paris font leur miel de la pépiante Danse des oiseaux, de l’Apparition de l’Esprit de la forêt et de l’ombre de la Fille de neige ou de l’ébouriffante Danse des bouffons. Point en reste sous la princière baguette de Kochanovsky, les cordes parviennent à une magique prégnance poétique dans le Mélodrame (n° 10) réservé aux seuls archets. 
 
1997: la date de la dernière exécution du Concerto en fa dièse mineur de Scriabine à l’Orchestre de Paris, suffit à dire la rareté de l’ouvrage dans les concerts – combien de Concertos de Schumann, de Grieg, de Chopin et d’autres opus rabâchés depuis lors? ...
Née de la plume d’un compositeur d’à peine 25 ans, la partition mériterait plus d’égards, profondément attachante, emplie d’une sève que les interprètes expriment ici avec souffle et générosité. Bertrand Chamayou signe un interprétation d’une grande intensité qui dépasse les clichés associés au Scriabine « première manière » : par sa perception des nombreuses envolées dans l’aigu, sa manière de sonder certaines basses, le pianiste comprend que le Scriabine d’avant la 4e Sonate est déjà bien ... du Scriabine ! Deux délicieux bis parfaitement en situation suivent : Berceuse de Liapounov et A la manière de Borodine de Ravel.
 
Casse-noisette renferme des pages parmi les rebattues de la musique symphonique ; qu’un chef tel que Kochanovsky parvienne à les faire entendre sous un jour totalement neuf prouve qu’il se range dans la catégorie des très grands. L’Ouverture miniature et la Marche sont de purs délices sous sa battue vive, précise, sobre et pleine d’émerveillement ; la Bataille et Une forêt de sapins en hiver témoignent de la force évocatrice que le chef sait obtenir de ses instrumentistes. On n’est pas près d’oublier le phrasé que Pascal Moraguès a su imprimer au premier trait de clarinette de la Valse des fleurs, conduite avec un chic fou et une souriante souplesse.
Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Trois bis tirés de Casse-noisette concluent dont, in fine, le Trepak que le maestro mène – rondement ! – du seul mouvement du menton et des yeux, en parfaite entente avec un Orchestre de Paris dans une forme proprement radieuse.
 
Notez sur vos tablettes que le concert sera retransmis par France Musique le 24 janvier prochain.
Alain Cochard